Pasteur itinérant – Lettre ouverte à mes collègues pasteurs et diacres

Pasteur itinérant, je me mets à votre disposition

CherEs collègues,

Depuis ce mois d’avril j’ai rempli mon « dû » comme pasteur à l’égard de mon Église ; j’ai fait « mes heures ». Désormais je suis libre d’engagements « obligatoires » et, à partir du mois de septembre, je serai entièrement retraité. Dès maintenant se pose la question de la continuité de « l’être pasteur » (et « diacre ») que nous restons au-delà de la retraite, au-delà de la fonction contractuelle régie par une relation employeur-employé. Faire tout autre chose ? Ce serait légitime ; sport, écriture, musique, peinture, etc. La famille, une évidence pour moi. Un bénévolat hors lieux d’Église institutionnalisés ? Je le fais déjà et je continuerai, comme beaucoup de nos collègues, à plusieurs endroits en ce qui me concerne, auprès de personnes particulièrement fragilisées dans et par notre société :

  • à l’Institution de Lavigny, auprès d’hommes et de femmes en situation de handicap, – c’est-à-dire auprès de personnes que notre société handicape à cause de leur déficience intellectuelle, et déjà ce terme « déficience » les stigmatise -,

  • à l’École Pestalozzi, au sein de son conseil de fondation, pour le bien, je l’espère, d’enfants exclus de l’école publique et placés en institution par la protection de la jeunesse, encore une fois, j’espère pour les protéger eux, les enfants, et non pas la société, mais je n’en suis pas toujours convaincu,

  • au Quartier culturel de Malévoz enfin, donc en psychiatrie, avec des personnes en souffrances psychiques telles qu’elles ont temporairement ou définitivement de la peine à répondre aux exigences que la vie et la société actuelle leur imposent.

Est-ce aussi Église ? Dans ma conception d’Église, je n’en ai aucun doute. Mais ma place comme pasteur retraité, toujours, dans l’institution « Église évangélique réformée du canton de Vaud » ? Faire des remplacements, tels qu’ils sont conçus par l’Église ? Non, pas pour l’instant, on m’a assez reproché de prendre la place de collègues.

Alors, ce que je serais prêt à faire et ce que je vous propose, chères collègues, chers collègues, c’est de vous soulager en situation de difficultés quelconques, quand vous êtes toujours en place, donc, pour être très clair, pas en congé, ni en formation, ni en vacances, ni au service militaire, ni absentEs pour toute autre raison. Vous êtes là, mais vous peinez, ce serait donc en une telle situation, en surplus, sur votre demande et avec l’accord implicite ou explicite des responsables de votre lieu de travail, que je pourrais pendant une à plusieurs semaines prendre en charge, et toujours coordonné avec vous, l’un ou l’autre culte, un catéchisme, une animation de groupe, des visites de classes, – que j’aime particulièrement -, ou toute autre chose, sauf, j’y insiste, des actes pastoraux, donc pas de services funèbres non plus, parce que c’est là, à mon avis, lors des passages de la vie, où par excellence nous disons aux personnes concernées, aux familles, à la communauté, voici votre « pasteurE » (diacres incluEs), il, elle est là pour vous.

Bref, je sais comment c’est quand le vase déborde ; je l’ai aussi vécu.

Alors, comment dit-on aujourd’hui ? Un simple appel suffit.

Cordialement.

Armin Kressmann

Pour nous, les réformés, quelle serait, quelle pourrait être, quelle est notre contribution à l’Église universelle ? Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Peut-être notre volonté de rejoindre les gens là où ils sont,

les recevoir, les écouter, répondre à leurs besoins,

être en prise avec leurs souffrances,

ne pas les juger, … ne pas les juger …

mettre la personne au-dessus des principes,

savoir suspendre ceux-ci,

privilégier l’amour, toujours, et,

ce qui fait parfois mal, je le reconnais,

savoir relativiser nos convictions …

parce que nous est chère, très chère, la grâce de Dieu

plus grande que tout …

C’est ainsi que nous aimons le monde,

avec toutes ses contradictions,

ce que l’ordinateur illustre …

Nous reconnaissons nos limites, nos fautes,

même en tant qu’Église,

et nous nous remettons avec elles à Dieu, et son jugement,

en Jésus Christ …

Nous aussi, nous sommes contre le divorce,

ou l’avortement, et beaucoup d’autres choses,

tout ce qu’un chrétien ne devrait pas faire …

et pourtant, quand impasse il y a

et la situation s’impose comme elle est,

nous y voyons la croix du Christ,

et là nous n’avons pas d’autre choix

qu’opter pour la personne qui souffre …

Notre faiblesse, et notre fragilité,

et notre impuissance,

et nos doutes, et nos contradictions,

finalement l’incompréhension de cette parole,

la bible, qui nous est si chère, avec ses contradictions,

je crois, est notre contribution au corps du Christ …

 Comme l’enfant (Marc 9,33-41), nous sommes démunis devant SA puissance.

Mais la croix est nue chez nous ;

nous croyons, nous disons que la vie l’emporte sur la mort,

et sa puissance sur notre impuissance …

Nous voici donc devant vous, et avec vous,

chers frères et sœurs catholiques et évangéliques …

… nous comptons sur vous, et les autres …

pour que vous ameniez ce qui nous manque …

Armin Kressmann 2014