Matthieu 5,3-12 (Mt 5,3-12) – « En marche », les béatitudes, pour que les hommes et les choses changent (commentaire, pistes exégétiques et homilétiques)

(avec la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) ; André Chouraqui ; Matyah, Evangile selon Matthieu ; JClattès, 1992 ; Pierre Bonnard, L’Évangile selon Saint Matthieu, Labor et Fides, Genève 1982)

Les béatitudes !? (Mt 5,3-12)

« Heureux … », dit la TOB (Traduction oecuménique de la Bible), « selig » en allemand, et avec elle les bibles que je connaisse1, toutes (?), sauf une, la traduction d’André Chouraqui :

« En marche … », dit-il, là où les autres parlent de bonheur.

La divergence ne pourrait pas être plus grande.

Non, ceux et celles qui souffrent, les malheureux, ne sont pas heureux, et ils ne le sont pas non plus pour Jésus. Parler de bonheur là où il y a malheur est méconnaître l’Évangile, la parole de Jésus, et je ne peux y voir qu’une tentative de calmer les esprits des personnes concernées, afin qu’elles ne prennent pas au sérieux ce qui est dit et le traduisent en une action qui bouleverserait l’ordre établi.

Reprenons, avec A. Chouraqui (p. 95s ; mise en évidence par AK) :

« Le premier mot du Sermon sur la montagne constitue le principal écueil à la compréhensions du message de Iéshoua`. Makarioï (« bienheureux »), selon le texte grec, oriente tous les traducteurs sur la piste erronée de béatitudes supposées acquises d’entrée de jeu, alors qu’elles ne seront réalisées en plénitude que dans le royaume d’Adonaï. ‘Heureux, bienheureux’, répètent tous les traducteurs de toutes les langues et dialectes de tous les siècles, exemple typique d’une interprétation plaquant sur un mot supposé connu un sens différent de celui qu’il avait originellement. Car Ieshoua` ne dit pas makarioï, il pronoce le mot hébreux ashréi, prmier mot des psaumes 1 et 119. … les traducteurs grecs de la Bible hébraïque lisaient … automatiquement makarioï là où le texte hébreux dit ashréi. Ils étaient ce faisant fidèles à leurs tendances apologétiques et syncrétistes : la philosophie grecque, pensaient-ils, n’est pas la seule à pouvoir proposer à l’homme l’idéal hédoniste du bonheur.

Ashréi … (au pluriel) a pour racine ashar, qui n’évoque pas une vague bonheur d’essence hédoniste, mais implique une rectitude (yashar) de l’homme en marche sur la route sans obstacle qui mène vers Adonaï, et ici le royaume d’Adonaï. Tous les dictionnaires étymologiques de l’hébreu biblique attestent pour premier sens à la racine ashar celui de marcher. Être heureux étant un sens secondaire tardif. La béatitude ne se situe pas au début de la phrase mais à son terme, le royaume d’Adonaï, même si celui-ci inonde de sa lumière par anticipation tous ceux dont le visage est tendu vers lui. Le sens fondamental de ashar est ‘marcher’ (Pr 4,14), ‘conduire sur une voie droite’ (Pr 23,19). En langage poétique, ashur est le pied de l’homme. »

Je reprends avec le Dictionnaie hébreu-français de Sander & Trenel :

ashar marcher, se guider

Pi. 1. guider (dans le droit chemin) (v. iashar … être droit, rendre droit, être calme ; Pi. 1. faire, rendre droit, 2. trouver droit, juste), diriger, conduire, marcher

2. estimer heureux

avec une autre vocalisation :

1. pronom rel. sing. et plur. Qui, que ; lesqules, lesquelles ; celui qui

2. conj. Et adv. Que, afin que, parce que, si, et, où, lorsque, oui, certes

où, là où, parce que

encore avec autre vocalisation : bonheur

L’homme moderne parlerait peut-être d’autonomie, dans le sens kantien du terme, d’une autonomie théonomique, donc d’une autonomie qui se donne comme nomos la volonté de Dieu.

Qu’en est-il avec la joie et la jubilation du verset 12 (Mt 5,12) ?

Chouraqui dit (p. 102s) :

« La mise en marche des adeptes de Iéshoua`a un but, le royaume d’Adonaï, et un moteur, la jubilation, l’exaltation qui naissent des certitudes de la foi, en parfaite adhérence. L’amour (chairete, AK) est ici source vive, glaive ; il permet le don libérateur et sans retour à l’unique roi des rois qui arrache l’homme à toute servitude terrestre pour le situer, dans les ciels, à l’égal des prophètes, toujours poursuivis et persécutés pour leur volonté de répandre dans le monde la lumière, la justice et la paix. C’est à la fin du discours que Iéshoua`mentionne la jubilation, l’exaltation en Adonaï et comme de goûter déjà sur terre la promesse des ciels. Pour y parvenir il appelle non pas au bonheur, au maccarisme déjà acquis, mais au réveil et à l’effort d’une nécessaire ‘mise en marche’. D’où le rappel des combats livrés contre les oppresseurs par les prophètes : c’est leur exemple qu’il faut suivre, quel qu’en soit le prix. »

Puis, par rapport au verset 13 (Mt 5,13), « vous êtes le sel de la terre », Chouraqui poursuit :

« Dès ses premières paroles, Iéshoua` appelle à une transmutation radicale du réel … appel à une conversion radicale … Il s’en prend à la folie du peuple d’Adonaï, ‘le sel de la terre’. Le symbole est clair, le sel est un feu arraché aux eaux de la mer, à la fois quintessence et opposition. Restitué à l’eau, il manifeste aussi la résorption du moi dans le Soi universel … » (p. 103)

Jésus parle donc de l’identité, ce qui devient encore plus évident quand on remonte au champ sémantique élargi d’ashar, avec ce que nous avons déjà dit sur « qui, que, parce que, afin que … » :

esh « le feu »

rosh l’anagramme, « tête ; chose principale, principe, commencement »

Pierre Bonnard, par rapport au béatitudes, en parlant des macarismes chez Matthieu et chez Luc, en rejoignant à sa manière Chouraqui me semble-t-il, résume (p. 55s) :

« Relevons les quatre orientations fondamentales … :

1. Sans exception, ils décrivent un bonheur ayant sa source dans la présence et l’activité de Jésus ; ce sont des béatitudes christocentriques

2. Ce bonheur est eschatologique, mais non apocalyptique, … un bonheur déjà présent, encore secret mais promis à un éclatement définitif dans le Royaume à venir …

3. Ce bonheur n’est ni une donnée sensible de l’expérience, ni une douce résignation au lot départi à chaque mortel ; il est à la fois déclaré, promis et communiqué par le Christ à ceux qui l’écoutent avec foi malgré la dure réalités de leurs malheurs présents ; c’est un bonheur paradoxal

4. Ce bonheur a un caractère cosmique ; c’est ce qui se passe dans le monde, ce que les yeux voient et que les oreilles entendent, et non seulement ce que les coeurs ou les esprits ressentent, qui réjouit les disciples de Jésus. Ce n’est pas la création comme telle …, mais la création restaurée par le Christ, qui fait le bonheur du croyant. »

Si différence il y a, tout dépend de la manifestation de ce bonheur, qui, pour moi, ne peut se réaliser qu’à travers la marche, donc une dynamique de changement (« conversion »), un mouvement qui change le réel du malheur et le transforme en bonheur.

Qu’on le veuille ou non, les béatitude n’invite ni à la résignation, ni à la résiliation, mais à une « ré-volution » : les choses doivent changer … et les Églises avec elles …

Armin Kressmann 2017

1« Freuen dürfen sich alle … », Die Bibel in heutigem Deutsch, va dans le même sens, l’enforce même en poussant encore davantage vers la joie à laquelle sont invités les pauvres, ceux et celles qui pleurent, qui ont faim, qu’on insulte, qui souffrent et tous ceux et celles qui s’en occupent et préoccupent.

Matthieu 23,1-12.23 (Mt 23,1-12.23 ; TOB) ; le texte

“1 Alors Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples : 2 « Les scribes et les Pharisiens siègent dans la chaire de Moïse : 3 faites donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent et ne font pas. 4 Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes, alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. 5 Toutes leurs actions, ils les font pour se faire remarquer des hommes. Ils élargissent leurs phylactères et allongent leurs franges. 6 Ils aiment à occuper les premières places dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues, 7 à être salués sur les places publiques et à s’entendre appeler Maître par les hommes. 8 Pour vous, ne vous faites pas appeler Maître, car vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères. 9 N’appelez personne sur la terre votre Père, car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. 10 Ne vous faites pas non plus appeler Docteurs, car vous n’avez qu’un seul Docteur, le Christ. 11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 12 Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé. … 23 Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, vous qui versez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, alors que vous négligez ce qu’il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité ; c’est ceci qu’il fallait faire, sans négliger cela.” (Matthieu 23,1-12.23 TOB)

Matthieu 21,33-42 (Mt 21,33-42), le texte

« Écoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage. Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l’un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent. Il envoya encore d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils. Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : C’est l’héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l’héritage. Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? » Ils lui répondirent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c’est là l’œuvre du Seigneur : Quelle merveille à nos yeux. » (Matthieu 21,33-42 TOB)

Évangile selon Matthieu, chapitre 20, versets 1 à 16, le texte (Mt 20,1-16 ; TOB)

« Le Royaume des cieux est comparable, en effet, à un maître de maison qui sortit de grand matin, afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il convint avec les ouvriers d’une pièce d’argent pour la journée et les envoya à sa vigne. Sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient sur la place, sans travail, et il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. Ils y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, puis vers la neuvième, il fit de même. Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : Pourquoi êtes-vous restés là tout le jour, sans travail ? —  C’est que, lui disent-ils, personne ne nous a embauchés. Il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et remets à chacun son salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. Ceux de la onzième heure vinrent donc et reçurent chacun une pièce d’argent. Les premiers, venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient recevoir davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’argent. En la recevant, ils murmuraient contre le maître de maison : Ces derniers venus, disaient-ils, n’ont travaillé qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons supporté le poids du jour et la grosse chaleur. Mais il répliqua à l’un d’eux : Mon ami, je ne te fais pas de tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’une pièce d’argent ? Emporte ce qui est à toi et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » (Mt 20,1- 16 TOB)

Approches de Matthieu 18 (Mt 18) et suivants dans les cultes de la rentrée

Avec le lectionnaire de notre Église, voir dernière colonne

Pour l’Église la rentrée c’est l’Avent : avant l’Avent, il y a encore bien du travail (Matthieu 18) !

Dimanche 7.9. Mt 18,1-5 et Mt 18,19.20 … (15-20)

La rentrée avant la rentrée … l’Avent

Devenir comme les enfants

Prier en situation de conflit : là où deux ou trois …

« La grâce et la paix nous sont données »

Dimanche 14.9. Fête à Gryon (Mt 18,1-5) et Mt 18,21.23

Les enfants ; comment sont-ils ?

Le pardon entre frères

La récolte … et la religion, il semble que c’est le même mot !

  • la création
  • le passé, l’histoire
  • les personnes
  • Daniel Nagy … et les autres

l’action de grâce

Dimanche 21.9. Jeûne fédéral Mt 20,1-16a

Les ouvriers de la onzième heure

Se mettre au travail

Dimanche 28.9. Mt 21,28-32

Les deux fils ; fides quae et fides qua

Dimanche 5.10. Fête à Bex Mt 21,33-43 – Les quatre saisons

Des métayers révoltés … au festin nuptial Mt 22,1-14

Les saisons … l’automne … et les feuilles tombent …

… dans l’attente du renouveau … accueil et installations :

les bourgeons … le printemps après l’hiver

Nous devons passer l’hiver ! Noël !

La pierre qu’on rejetées les bâtisseurs

La pierre angulaire Mt 21,42 … le printemps : Pâques !

La pierre d’achoppement … la pierre de la cathédrale comme objet symbolique …